"La mer"
On nous ment sur la maternité.
Enfin... non.
Ce n'est peut-être pas le bon mot.
Je crois surtout qu'on se raconte des histoires. Les autres nous en racontent, bien sûr. Mais nous aussi, on finit par y croire.
On s'imagine que l'amour suffira à tout. Qu'une bonne mère sait instinctivement quoi faire. Qu'elle ne doute pas. Qu'elle encaisse. Qu'elle trouve toujours les bons mots. Les bons gestes.
Et puis un enfant arrive.
Et avec lui, un amour immense... mais aussi une peur que je n'avais jamais connue.
La peur qu'il lui arrive quelque chose. Qu'il souffre. De ne pas être à la hauteur. De refaire sans le vouloir ce que j'avais juré de ne jamais reproduire.
On ne devient pas mère avec une page blanche.
On arrive avec notre histoire...
Nos blessures, nos séparations, nos deuils, nos manques, nos peurs...
Tout ce que la vie a laissé en nous remonte parfois à la surface au moment où l'on tient un enfant dans ses bras.
Et c'est peut-être ça qui est le plus difficile.
Faire la différence entre ce qui lui appartient... et ce qui nous appartient.
Parce que nos enfants ne portent pas nos cicatrices.
Ils ne sont pas venus réparer notre histoire.
Ils sont venus écrire la leur.
Alors oui, on a envie de les protéger. De tout.
Des chagrins. Des mauvaises rencontres. Des chutes. De la maladie. De la violence. Du monde.
Mais si on essaie de leur éviter chaque vague, comment apprendront-ils un jour à nager ?
Je crois qu'on oublie parfois que vivre, c'est aussi tomber. Se tromper. Se salir. Pleurer. Recommencer.
Alors non, ce n'est pas grave s'il rentre couvert de boue.
Ce n'est pas grave si aujourd'hui il regarde un dessin animé parce que je suis épuisée.
Ce n'est pas grave si tout n'est pas parfait.
En revanche, il est grave de croire qu'une mère ne devrait jamais craquer.
Alors passez le relais. Demandez de l'aide.
Ralentissez.
Prenez soin de vous avant que votre corps ne vous oblige à le faire.
Parce qu'un enfant n'a pas besoin d'une mère qui s'épuise à vouloir être parfaite.
Il a besoin d'une mère qui est vivante.
Et puis...qu'est ce que j'aimerais qu'on arrête de mettre les mères dans des putains de cases.
Il y aura toujours quelqu'un pour dire qu'on en fait trop. Ou pas assez.
Alors, sincèrement... Je fais un gros f*** à toutes ces idées reçues !
Le plus beau cadeau qu'on offrira jamais à nos enfants ne sera ni la dernière PS5, ni le dernier iPhone.
Ce sera de leur apprendre que la vie est en mer.
Parfois calme.
Parfois agitée.
Parfois si violente qu'on croit qu'on ne reverra jamais le rivage.
Notre rôle n'est pas d'apaiser tous les océans à leur place.
Notre rôle, c'est de leur apprendre qu'ils auront toujours les ressources pour traverser les tempêtes. Qu'ils pourront dériver, faire demi-tour, changer de cap, demander de l'aide, et continuer malgré les vagues.
Nous ne sommes pas le port où ils doivent rester amarrés toute leur vie.
Nous sommes simplement le premier rivage qu'ils quitteront un jour.
Et si nous avons réussi à leur donner confiance en eux plutôt qu'en notre seule présence...
Alors ils partiront.
Pas parce qu'ils n'auront plus besoin de nous.
Mais parce que nous leur aurons appris à aimer la mer, sans avoir peur de l'horizon.
« Le véritable amour d'une mère commence peut-être le jour où elle accepte que son enfant ne lui appartiendra jamais. »

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